« Nous avions détourné nos outils graphiques pour les utiliser dans la nourriture», Caroline Bourgeois, graphiste et pâtissière, Paris (1/2)

Caroline Bourgeois est titulaire d’un Bac ES et s’est présentée au concours de l’école publique des arts appliqués Olivier de Serre pour obtenir un BTS Arts Appliqués. C’est dans le cadre des deux ans supplémentaires pour obtenir un diplôme supérieur d’Arts Appliqués en graphisme au sein de cette même école qu’elle a travaillé en binôme avec Laura Doucène, pour leur mémoire de fin d’études où la cuisine et l’alimentation sont devenues le support de leur travail. Caroline a également obtenu son CAP pâtisserie au début de l’été dernier. C’est pour ce parcours, pour le moins original, que nous l’avons rencontrée.

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«Avant de préparer notre mémoire, nous avions participé, avec Laura, au concours d’affiche organisé chaque année par le Café du Commerce. L’objet du concours était d’imaginer une affiche qui donne faim. Nous avons décidé de proposer une affiche qui se mange. Nous avons travaillé avec un boulanger-pâtissier de Champagne pour réfléchir avec lui et pour réaliser un support ressemblant à du papier, mais comestible. Nous avons trouvé une entreprise du sud de la France qui a bien voulu nous faire du pain azyme en grand format, 40 sur 60 centimètres. Nous avons pu ainsi imprimer nos affiches en sérigraphie avec du yaourt et du colorant alimentaire et les emballer sous vide, sous papier transparent. Nous avons gagné le concours.

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C’est après cela que nous avons mis en route notre projet de mémoire. Notre sujet s’ancrait dans une réalité, celle de la Goutte d’Or, un quartier populaire parisien. Nous avons tout d’abord mené une étude « sociologique » appelée «Goûte-moi ça», prolongée par un blog. Notre but étant de percevoir en quoi l’alimentation est un facteur social du vivre ensemble au sein d’un quartier réunissant des communautés d’origines culturelles diverses. Cela nous a pris à peu près un an, et nous avons failli baisser les bras de nombreuses fois. Il y avait une difficulté à être légitime pour comprendre et recueillir ce qui se passait dans le quartier. Notre projet était de mettre en valeur nos différences culinaires pour parler de la richesse culturelle du quartier, tout en menant à bien un projet graphique. Nous avons fini par décider de créer notre propre association «Goûte-moi ça». Nous avons construit une cuisine mobile, «la dinette» que nous avons baladée derrière notre vélo, dans tout le quartier. Nous voulions créer des moments conviviaux et participatifs pour pouvoir discuter des différences culturelles, de leur richesse et de la manière de vivre ensemble dans ce quartier. Nous avions détourné nos outils graphiques pour les utiliser dans la nourriture.

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Nous sommes parties d’une galette, d’un pain plat, général à toutes les cultures, Afrique sub-saharienne, Inde, Maghreb… Nous l’avons coloré pour qu’il ne soit pas reconnu visuellement. Nous avions imprimé «Bon appétit» dans différentes langues et des mamans du quartier ont préparé des sauces garnitures pour nos galettes. Nous invitions les gens du quartier à goûter et nous leur demandions de reconnaître ce qu’ils mangeaient, afin d’enclencher la discussion. Nous arrivions ainsi à créer un échange, à les questionner, les interroger sur leurs perceptions gustatives et culturelles, à provoquer des réactions. Nous avons aussi fait des ateliers avec les enfants, avec lesquels nous essayions de créer des expressions culinaires comme «tête de banane» ou «si tu t’ennuies, prends un kiwi»

Nous avons eu notre diplôme avec les félicitations du jury. Il faut signaler, que vis à vis de nos professeurs, la manière dont nous menions notre projet a été assez conflictuelle. Un de nos tuteurs a abandonné le projet, un autre nous a laissé faire. Un seul nous a vraiment aidé et poussé. C’était un projet qui n’avait rien de fictif mais bien ancré dans la réalité de ce qui pouvait assurer la suite de notre travail après le diplôme.»

 

A suivre : « J’ai pu me rendre compte de la réalité du quotidien », après leur diplôme, Caroline et Laura prolongent leur travail à Berlin. (2/2)

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