« La plonge ce n’est pas mon truc, mais franchement, l’ambiance est formidable ici », Rachel, plongeuse à l’Auberge de l’Ill (Illhaeusern)

Rachel Chimel a 20 ans. Elle est originaire de République Centrafricaine. Elle habite Sélestat. Elle travaille aujourd’hui comme plongeuse à l’Auberge de L’Ill à Illhaeusern.

Nous lui avons demandé de nous raconter son parcours scolaire et sa relation avec l’association EPICES, sur laquelle nous avons récemment réalisé une série de reportage :

« J’ai fait une seconde générale, mais franchement je n’avais pas envie d’aller au lycée, je voulais travailler. Je me suis retrouvée à la Mission Locale où j’ai commencé par faire de la coiffure. Grâce au travail d’Isabelle Haeberlin et de son association, je me suis orientée vers une formation d’agent de la restauration collective, pour travailler dans les cantines. C’est grâce à EPICES que j’ai vraiment pu choisir une orientation. La relation que s’est établie avec les mamans et les bénévoles de l’association, voilà ce qui m’a ouvert les yeux sur ce que je pouvais faire.

J’ai d’abord travaillé au restaurant collectif d’une usine de Colmar, puis au collège Saint André à Colmar. Ma mère était sacrément contente : j’avais un boulot !

Je n’ai rien demandé à Isabelle pour venir travailler à l’Auberge de l’Ill, j’ai juste fait une demande d’embauche. La plonge ce n’est pas mon truc, mais franchement, l’ambiance est formidable ici. Le plus important pour moi dans le travail, c’est justement l’ambiance.

Je ne peux que conseiller à ceux qui sont en échec de se tourner vers les Missions Locales. Avant, je n’arrivais pas à expliquer mes difficultés … la Mission Locale m’a permis d’avancer, de faire quelque chose. Je viens de louer mon propre appartement.

J’avance.»

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A lire / à voir en complément :

– « Cuisiner apaise et facilite les relations, par delà les écorchures de la vie », rencontre avec Isabelle Haeberlin pour l’association EPICES (Alsace).
– Les mamans de l’association EPICES au Lycée Strorck de Guebwiller réalisent des samoussas et nous parlent de leur engagement [vidéo].
L’association EPICES au lycée Molière de Colmar prépare un goûter pour 450 personnes [vidéo].

L’association EPICES au lycée Molière de Colmar prépare un goûter pour 450 personnes [Vidéo]

Récemment, nous avons donné la parole à Isabelle Haeberlin, directrice de l’association EPICES (Espaces de Projets d’Insertion Cuisine Et Santé). A lire ici. Nous avons ensuite filmé le témoignage  des « mamans » de l’association,  dans une classe du lycée Strorck de Guebwiller (Haut-Rhin). A voir ici.

Aujourd’hui, nous sommes au lycée Molière de Colmar, où l’association intervient régulièrement avec la Mission Locale (1), sous forme de stages trimestriels, développés sur six jours.

Les jeunes de la Mission Locale sont à la recherche d’un travail, ou d’une orientation. Ils ont entre 18 et 25 ans et peuvent être en forte rupture sociale et scolaire, en prévention judiciaire ou simplement bacheliers à la recherche d’un emploi. Le but de la Mission Locale est de mieux connaître ces jeunes en difficulté, d’apprécier leurs motivations, de juger de leur sociabilité et de les remettre dans un circuit d’acquisition de connaissances. C’est bien souvent dans la formation en alternance qu’ils trouveront la filière adaptée à leurs attentes et besoins, parfois en hôtellerie-restauration.

Les stages de l’association EPICES favorisent le dialogue et la création d’un lien social entre enseignants et élèves ; la cuisine devient médiation, support d’éducation et de lien social.

Dans la vidéo que nous avons réalisé, tout le monde travaille à la réalisation d’un goûter pour 450 personnes, à l’occasion de la remise des prix du Printemps de l’écriture …

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NOTES

(1) Mission Locale : «Structure départementale, la Mission Locale est un espace d’intervention au service des jeunes. Chaque jeune accueilli bénéficie d’un suivi personnalisé dans le cadre de ses démarches. Les structures d’accueil doivent apporter des réponses aux questions d’emploi, de formation mais aussi sur le logement ou la santé.» En savoir +

« La cuisine du Bac, ce n’est pas comme dans les émissions de cuisine à la télévision » : entretien avec le jury et les candidats du Bac Pro à Guebwiller (Alsace)

Nous avons eu la chance d’être présent lors des épreuves de cuisines du Bac Professionnel au Lycée Stork de Guebwiller. L’occasion d’interroger professeurs, cuisiniers membres du jury sur de la formation pour cet examen. Mais aussi, de s’entretenir avec une candidate, pour recueillir ses impressions, juste au sortir de sa matinée de cuisine.

Pascal Muller, professeur de cuisine au CEFPPA Adrien Zeller à Illkirch-Graffenstaden, était président du jury ce jour là.

« Je juge avant tout la compétence culinaire et les aptitudes humaines de chaque candidat pour mener à bien les réalisations demandées dans cette épreuve mais je note aussi sa façon de gérer le commis qui fait équipe avec lui. Je me pose simplement la question : « Est-ce que j’embaucherai ce garçon ou cette fille ? Représente-t-il une plus value pour mon entreprise ? » Ici ce n’est pas le meilleur qui gagne : ce n’est pas un concours, c’est la valeur moyenne du travail de chaque candidat qui prise en compte. Pourra-t-il ensuite se monnayer lors d’un futur travail ?

En fait, la cuisine du bac, ça n’a rien à voir avec les émissions de cuisine à la télévision. La cuisine du bac, ce sont des connaissances de base qui emmènent vers autre chose. Ce sont des fondations, à la différence de la télévision, qui pose le toit avant de construire les murs.

De plus en plus de nouvelles techniques culinaires sont inclues dans les épreuves. Les épreuves sont là pour mettre en évidence les carences et les acquis. Mais sur les trois préparations qui sont demandées dans la matinée, nous laissons le candidat s’exprimer. Il est intéressant de remarquer que les élèves qui vivent bien l’examen sont en général ceux qui vivront bien ensuite leur métier. D’ailleurs, souvent, ils découvrent le jour de l’examen qu’à travers des bases bien maîtrisées, ils peuvent faire autre chose.

Dans ces examens, le goût est une épreuve à part entière, le beau sans goût n’a pas de valeur.

A partir de l’an prochain, le nouveau Bac Pro sera préparé en trois ans. Il permettra de réaliser des stages dans différents types de restaurants : gastronomique, traditionnel, collectif, restaurant à thème ou restaurant étranger, ou encore de faire son stage à l’étranger. Tous ces aspects culinaires peuvent se retrouver dans les épreuves, pour permettre aux lauréats de trouver leur place dans la diversité du travail en restaurant.

Mais il ne faut pas oublier que ce Bac Pro, comme pour les autres Bac, permet d’accéder à d’autres niveaux d’études comme la Mention Complémentaire de Traiteur, ou de Pâtisserie, voire les meilleurs BTS »

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Philippe Gervasi, cuisinier-restaurateur de l’Auberge du Neuland à Colmar, était membre du jury. Il est titulaire d’un CAP, il a 30 ans de métier.

« J’aime participer à ce jury de cuisine pour le Bac, parce que j’aime voir ce que font les jeunes et observer le niveau ceux qui vont arriver sur le marché du travail. C’est aussi l’occasion de passer une journée très sympathique au contact des étudiants, de leurs formateurs et de leurs professeurs.

Ce que je regarde avant tout, c’est leur sens de l’organisation et leur capacité à s’adapter. Plus que leurs plats, ce sont leurs aptitudes professionnelles que j’observe. Quand j’ai passé mon CAP, nous avions des produits bruts et le nom d’une recette, point. Aujourd’hui, ils ont une fiche technique.

J’adore observer le travail des filles en épreuves, elles sont bien souvent plus consciencieuses et raffinées. D’ailleurs ma brigade au restaurant est composée à 80% de filles. »

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Elisa Gaspard Monteiro, passait l’épreuve de cuisine de 7H à 14H pour son Bac Pro. Nous l’avons interrogée à la sortie de l’examen. Elle était essoufflée et semblait assez fatiguée.

« C’est difficile comme épreuve. Mais si on est organisé, c’est parfaitement faisable. J’ai l’impression que c’est surtout l’esthétique que regarde le jury. Là, maintenant ils vont goûter.

Si j’ai mon Bac, je veux faire une mention pâtisserie. Mon rêve, ce serait de travailler en pâtisserie dans un restaurant. »