« Mes parents sont fiers de ma formation » Robin Braesch, stagiaire cuisine chez Marc Haeberlin (Alsace).

Robin Braesch est de Mittlach (Haut-Rhin) dans la vallée de Munster. En première année de BTS au lycée Storck de Guebwiller, il est en stage chez Marc Haeberlin depuis le 9 mai dernier. Il nous donne ses impressions.

«J’ai toujours voulu faire de la cuisine ; après mon brevet des collèges, je suis entré en lycée professionnel pour préparer un baccalauréat technologique. Aujourd’hui, je suis en première année de BTS et j’ai demandé à venir travailler à l’Auberge de l’Ill. Je suis stagiaire au poste de la viande.

Dans un restaurant avec une grosse brigade comme ici, la hiérarchie permet de bien organiser le travail. Au sommet de l’organisation, il y a monsieur Haeberlin. Nous l’appelons tous « monsieur Marc », jamais « Chef ». Après, dans cette hiérarchie, il y a le chef, monsieur Dirk Gielsellmann, puis deux seconds, monsieur Jean-Paul Bostoen (Meilleur Ouvrier de France en 2011) et monsieur Jean Winter. Au poste viande, le responsable c’est Olivier, il y a aussi deux commis, Hugo et Alex, et puis enfin, moi.

Le matin où je suis venu pour la première fois à l’auberge de l’Ill, on m’a dit de m’assoir et d’attendre. C’est monsieur Marc qui m’a reçu et qui m’a expliqué comment fonctionnait la cuisine. Une fois l’entretien terminé, je suis allé me changer et monsieur Marc m’a dit que je serai au poste viande.

Je travaille pour bien réaliser les taches qu’on me demande, mais, en même temps, j’essaie de comprendre pourquoi et comment on fait ceci et cela. Je vois beaucoup de choses car nous travaillons des produits nobles que nous n’avons pas l’occasion de travailler à l’école.

Au début, ce qui m’a frappé, c’est le rythme prenant du service. Mais une fois mes repères bien pris (savoir où tout se trouve, savoir ce qu’il y a faire tous les jours, etc.) j’ai réussi à acquérir les automatismes nécessaires pour bien me sentir dans mon poste. Pendant le service, monsieur Marc est au passe.

Chaque fois, je me dis que j’ai de la chance d’être ici, même si parfois le boulot est dur. J’ai un cahier où je note ce que j’ai fait et ce que j’apprends, cela me permets de bien tout retenir et de préparer mon rapport de stage. J’ai pris des notes par exemple le jour où monsieur Marc a cuisiné un perdreau et qu’il a pris le temps de me montrer et de m’expliquer ce qu’il faisait. J’ai trouvé ça super.

En plus il y a vraiment une belle ambiance ici. Par exemple, nous avons fait une sortie à Europaparc tous ensemble la semaine dernière ! Nous sommes une bonne équipe de jeunes et je me suis tout de suite senti accepté. En fait, c’est une ambiance familiale.
Après mon BTS j’aimerai voyager et découvrir les pays nordiques, où il y a une très bonne cuisine qui m’intéresse. Mes parents sont fiers de ma formation, et que j’ai réussi à travailler à l’Auberge de l’Ill.»

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La cuisine, lien social et scolarité: témoignage des mamans de l’association EPICES [Vidéo]

Dans notre dernier article, nous donnions la parole à Isabelle Haeberlin, directrice de l’association EPICES (Espaces de Projets d’Insertion Cuisine Et Santé). A lire ici.

Lors d’une intervention de l’association auprès d’une classe DIMA (1) du Lycée Strorck de Guebwiller (Haut-Rhin), nous avons réalisé une vidéo où des « mamans » originaires de Pondichéry, du Sri Lanka et du Maroc nous expliquent pourquoi elles participent à ces animations, tout en réalisant des samoussas …

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A suivre :

– L’association EPICES au lycée Molière de Colmar prépare un goûter pour 450 personnes [vidéo].
– Rencontre avec Rachel Chimel qui a fait une formation d’agent de la restauration collective grâce à l’association EPICES.

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NOTES

(1) DIMA : «Un jeune voulant entrer en apprentissage peut demander à accéder à une formation appelée « Dispositif d’Initiation aux Métiers en Alternance » Cette formation lui permet de commencer une activité de type professionnel tout en demeurant sous statut scolaire.»  En savoir +

« Cuisiner apaise et facilite les relations, par delà les écorchures de la vie », Isabelle Haeberlin pour l’association EPICES (Alsace).

Isabelle Haeberlin est directrice de l’école maternelle Les Pâquerettes à Colmar. C’est sous sa direction qu’est née en 2009 l’association EPICES : « Espaces de Projets d’Insertion Cuisine Et Santé » qui rassemble enseignants et cuisiniers autour d’un projet : favoriser une meilleure insertion des élèves et de leurs parents issus de milieux défavorisés.

Tout commence quand Isabelle Haeberlin, pour faciliter l’insertion de ses élèves, demande à leurs mamans de venir faire des ateliers de cuisine à l’école (1). Côte à côte, enseignants et parents ont progressivement tissé des liens sociaux et culturels, créant un univers favorable à la transmission des savoirs propres à l’école.

Après ce premier succès, le projet d’EPICES ne pouvait se limiter aux écoles maternelles. Grâce à l’énergie de sa présidente, l’association a étendu son action sur d’autres lieux d’enseignements où la présence de ces mamans pouvait permettre de créer de nouveaux liens, pour mieux aider les jeunes en difficulté dans leur scolarité et leurs choix de formation.

Aujourd’hui, l’initiative est soutenue par l’Education Nationale et l’Académie du Haut-Rhin. EPICES et mamans réalisent des ateliers cuisine dans tout le département, intervenant notamment dans les SEGPA (2), les DIMA (3) et auprès de la Mission Locale (4) du Haut-Rhin.

Nous sommes donc allés à la rencontre d’Isabelle Haeberlin lors d’une de ses interventions auprès de la Mission Locale de Colmar (68). Elle a fait part de sa vision de la cuisine et des enjeux de son association.

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L'association EPICES à Colmar, avec Isabelle Haeberlin (à droite)

 

« Pour moi femme de chef étoilé, vivant dans un milieu privilégié, le mot « partage » n’est pas un vain mot. Je me sens responsable. Je tente de réaliser une mixité sociale ; avec EPICES, nous recevons énormément.

Mettre ensemble des jeunes en difficulté et des mamans dans un milieu scolaire permet d’éviter la lourdeur familiale. Cuisiner apaise et facilite les relations, par delà les problèmes et écorchures de la vie.

C’est toujours avec les mamans bénévoles de l’association que nous intervenons. Elles sont la plupart du temps d’origine immigrée ; en faisant la cuisine, elles ont la possibilité de transmettre leur culture d’origine. Et puis, elles font les choses avec finesse. Elles remettent en route du lien social.

Lors de nos interventions, tout le monde se met aux fourneaux : enseignants, élèves, avec parfois leur propre maman. Cette co-éducation enseignants-parents permet de prévenir les difficultés scolaires et l’absentéisme, mais aussi de soutenir les projets des élèves. Les jeunes apprennent l’hygiène alimentaire en même temps que de nouvelles connaissances culinaires ; certains s’y découvrant même une vocation ou une formation à suivre. Ainsi la participation à des actions concrètes permet à chacun de retrouver une estime de soi et facilite son orientation. »

L’idée de l’association EPICES est parfaitement transposable ailleurs en France. Et bien sûr, je peux aider et guider toutes personnes qui aimeraient faire la même chose.»

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A suivre :
– Les mamans de l’association EPICES au Lycée Strorck de Guebwiller réalisent des samoussas et nous parlent de leur engagement [vidéo].
– L’association EPICES au lycée Molière de Colmar prépare un goûter pour 450 personnes [vidéo].
– Rencontre avec Rachel Chimel qui a fait une formation d’agent de la restauration collective grâce à l’association EPICES.

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NOTES

(1) L’association Epices utilise le terme de maman volontairement.

(2) SEGPA : « Les Sections d’Enseignement Général et Professionnel Adapté  accueillent au collège des élèves présentant des difficultés d’apprentissage graves et durables. Ils ne maîtrisent pas toutes les connaissances et compétences attendues à la fin de l’école primaire, en particulier au regard des éléments du socle commun. Les élèves suivent des enseignements adaptés qui leur permettent à la fois d’acquérir les connaissances et les compétences du socle commun, de construire progressivement leur projet de formation et de préparer l’accès à une formation diplômante. »  En savoir +

Une initiative intéressante laissant la parole à des élèves de SEGPA dans le département  de la Marne. A lire ici.

(3) DIMA : « Un jeune voulant entrer en apprentissage peut demander à accéder à une formation appelée « Dispositif d’Initiation aux Métiers en Alternance »). Cette formation lui permet de commencer une activité de type professionnel tout en demeurant sous statut scolaire.»  En savoir +

(4) Mission Locale : «Structure départementale, la Mission Locale est un espace d’intervention au service des jeunes. Chaque jeune accueilli bénéficie d’un suivi personnalisé dans le cadre de ses démarches. Les structures d’accueil doivent apporter des réponses aux questions d’emploi, de formation mais aussi sur le logement ou la santé.» En savoir +